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Le courrier des lecteurs
 
ÉCOLE VAUDOISE
Peut-on rêver d’une école où chacun aurait ses chances?

L’école vaudoise se donne-t-elle les moyens de former les élites de demain? En l’état actuel, je dis clairement non! En effet, nous avons pu constater avec notre fils aîné que l’enfant en difficulté n’est pas soutenu de manière optimale, que la seule solution que certains enseignants voient pour ces élèves est la classe spécialisée (alors que la tendance actuelle est plutôt à l’intégration et que le fait d’être dans une classe dite «normale» stimule), que les moyens manquent pour former les enseignants et aider les enfants directement dans leur classe et, pour finir, qu’enseigner dans une classe de plus de vingt élèves ne permet pas de donner toute l’attention voulue à chaque élève (qu’il soit à haut potentiel ou en difficulté).

De plus, le fait de ne plus avoir de filières permettrait à chaque élève d’avancer en fonction de ses capacités et la stigmatisation et l’énorme pression mise actuellement sur les élèves durant le CYT (cycle de transition) disparaîtrait. Peut-on rêver d’une école où chacun aurait ses chances? Oui, pour autant qu’on y mette les moyens nécessaires!

Je tiens juste encore à préciser que notre fils aîné fréquente depuis une année une école privée, que cela nous demande un sacrifice financier et en temps et que nous sommes très déçus que l’école dite «normale» n’ait pas été en mesure de nous proposer des solutions adaptées à ses besoins.

Anne Leresche,
Chapelle-sur-Moudon

L’enseignement ne doit pas se laisser submerger par l’émotion et l’affectif

A propos de la réflexion de M. Philippe de Vargas intitulée «Pour une école plus conviviale» (24 heures du 21 août 2010):

Peut-être a-t-on lu les yeux humides le vibrant appel de M. de Vargas à une école plus conviviale, plus empathique, plus centrée sur l’enfant.

Qu’on se souvienne pourtant que ce sont les slogans mêmes d’EVM, la réforme qui a conduit l’école vaudoise au bord du précipice.

L’enseignement ne doit pas se laisser submerger par l’émotion et l’affectif, ne serait-ce que pour éviter des chantages sans fin («Mon maître ne m’aime pas, je puis donc continuer à mal faire»).

Plus prosaïquement, les enfants ne réussissent que s’ils bénéficient de moyens et de méthodes efficaces, en satisfaisant à des exigences bien dosées. C’est précisément ce qu’ont su faire les Fribourgeois, dont M. de Vargas vante justement les mérites.

Pourtant, les autorités vaudoises persistent à inscrire leur prochaine réforme dans le droit fil des erreurs passées. Les fantômes d’EVM pourraient bien se réincarner dans la future loi scolaire.

Puissent les citoyens inverser le cours de trente années de dérives émotionnelles quand ils se prononceront sur l’avenir de leur école au début de l’année prochaine!

Olivier Pichard,
Pully

Le prof est toujours le dindon…

A propos de la page Point fort intitulée «Les élèves ingérables, fléaux qui épuisent les enseignants» (24 heures du 20 août 2010):

Je suis un vieux prof d’allemand chevronné et, après avoir passé des années dans le monde privé, j’ai assuré un long remplacement dans un Gymnase vaudois en 2009, dans deux classes de culture générale. Malgré leur niveau — cinq ans d’allemand — personne dans la classe ne connaissait le verbe «plaire», «gefallen». Comment voulez-vous faire de la conversation? Ce n’était que la pointe de l’iceberg des insuffisances.

Cette situation me rappelait le dessin de Burki «L’allemand pour les nuls» avec un Pascal Broulis, candidat au Conseil fédéral, qui avait l’air de se vanter de son incompétence. Pire: j’ai constaté à nouveau le vieux cercle vicieux: le «bon» prof ne doit pas trop se plaindre de ses élèves (sinon il avouerait son incompétence); il doit donner des notes ni trop bonnes ni trop mauvaises (sinon il serait un mauvais prof) et surtout, il doit éviter que les élèves se plaignent de lui auprès du doyen ou de la direction. Quelques soient les raisons de leurs plaintes, justifiées ou non, le prof est toujours le dindon (et les élèvent le savent) car il ne serait pas capable de faire régner un «climat de classe favorable».

Et quand il doit coller un élève indiscipliné, le doyen «oublie» cette punition à plusieurs reprises et les élèves commencent à danser sur votre ventre.

Lorsque les responsables du Gymnase «grillent» les enseignants de cette manière, il ne faut pas s’étonner que ce métier ne fasse plus envie à des gens de l’extérieur et que l’on relate de plus en plus de burn-out, même parmi les chevronnés.

Harri Wettstein,
Dr en psy, Lully VD

Un phénomène nouveau et préoccupant

Cet article nous informe sur un phénomène nouveau et préoccupant, à savoir celui de la montée de la violence des élèves entre eux et envers leurs professeurs pendant les heures de cours. J’en ai moi-même fait l’expérience douloureuse lors d’un remplacement en classe de 5e année: deux enfants, un garçon et une fillette de parents suisses depuis des générations, avaient réussi à prendre la classe entière en otage et à me pousser à bout.

Cependant, dans cet article, était-ce bien nécessaire de mentionner la nationalité de l’enfant pris comme exemple et de relater que ses parents, comme solution, avaient décidé de retourner au pays? Car à la lecture de cet exemple, les lecteurs racistes, à l’unisson, ricaneront: «Ah, si seulement tous les étrangers pouvaient retourner là d’où ils viennent!».

Par ailleurs, personne ne pense à remonter à une autre source probable des dépressions ou des départs de certains enseignants. Depuis les agitations de l’EVM (Ecole vaudoise en mutation), ceux-ci sont contraints d’adopter des manuels farfelus qui font pleurer. Prenez par exemple les manuels de mathématiques, de grammaire, d’allemand! Il y a tous les ingrédients nécessaires pour faire détester ces matières et par fausse déduction les maîtres qui les enseignent.

Si vous me posez la question que j’entends déjà, j’y réponds: non, je n’ai pas de remède miracle. Je me contente d’offrir mon sourire aux enfants et ados que je croise dans la rue, dans le train ou dans le bus. La seule chose dont les enfants ont besoin, c’est de se sentir aimés.

Elisabeth Leimgruber-Schwartz,
licenciée ès lettres, La Tour-de-Peilz
 

Un autre regard sur la VSO

Le débat actuel sur la réforme de l’école vaudoise mérite un autre traitement que les éternels clichés sur les enseignants et leur travail. Nous nous référons ici aux éditoriaux des 24 février et 12 mars. Le premier mentionne que les enseignants sont opposés à l’avant-projet car ils ont été refroidis par EVM. Cela sous-entend que toutes leurs remarques auraient comme but de préserver leur soi-disant quiétude et qu’ils ne seraient en aucun cas capables de porter une réflexion constructive. On élimine ainsi d’un revers de main les professionnels pour peu qu’ils soient opposés à l’avant-projet de loi. Le second décrit l’actuelle VSO comme une voie sans issue. L’éditorialiste passe sous silence le travail magnifique des enseignants de VSO pour leurs élèves et surtout les résultats que ce travail permet d’atteindre.

Les enseignants ne sont pas réfractaires à tout changement et le prouvent en proposant de nombreux projets pédagogiques dans le but d’améliorer le système actuel, spécialement pour les élèves en difficulté.

Le travail des élèves VSO avec leurs enseignants leur ouvre des portes que l’on n’imagine pas si l’on se contente de lire les propos relatés dans le journal. Ces deux dernières années, presque la moitié des élèves quittant notre établissement avec un certificat VSO ont obtenu celui de la VSG après une année de raccordement. A peu près le quart des élèves ont signé un contrat d’apprentissage et les autres sont allés à l’OPTI. Au niveau cantonal, les 80% des élèves quittent l’OPTI avec un contrat d’apprentissage en poche.

Qu’on soit pour ou contre le nouveau projet, discutons mais sans bâillonner les personnes concernées et cessons de discréditer ce qui est fait aujourd’hui.

Vincent Friderici,
et 57 enseignants de l’ES Béthusy, Lausanne


Ce(ux) dont on parle trop peu

A propos de la page Point fort intitulée «Je sais que ma ligne est juste» (24 heures du 17 mars 2010):

Dans le débat actuel sur l’avant-projet de loi scolaire, on fait souvent mention des élèves en difficulté scolaires, des élèves qui posent des problèmes, ou encore des élèves «différents».

L’intention est louable.

Dans l’absolu, qui refuserait d’aider les élèves en difficulté scolaires? Qui ne serait d’accord d’inclure les élèves «différents»?

Mais, en parlant de «différence», ne passe-t-on pas trop souvent sous silence un autre type d’élèves?

Si l’on parlait davantage des élèves qui ont des facilités à l’école et travaillent plus vite?

Si l’on parlait de ces nombreux élèves qui s’ennuient durant les cours parce que ceux-ci sont trop faciles pour eux?

Si l’on parlait des élèves qui n’apprennent pas à travailler parce qu’ils réussissent leurs exercices sans effort, et se retrouvent en échec scolaire après plusieurs années, lorsque leurs «facilités» ne suffisent plus?

Si l’on parlait des élèves qui ont un réel désir d’apprendre et de travailler mais que les conditions actuelles de l’école ne leur permettent pas de le faire dans de bonnes conditions?

Du reste, en parlant de conditions de travail, si l’on parlait également de ces enseignants toujours plus nombreux qui passent par des périodes de burnout et ce déjà dans les «petites» classes?

Voilà qui permettrait de faire un tour plus complet de cette question épineuse!

Marc Dirlewanger,
Penthalaz


Livre scolaire?

Parents, à vos dictionnaires!

Suite à la lecture de l’album La princesse à la gomme, dont avait parlé Jacques Neirynck dans une réflexion intitulée «Contes pervers pour écoliers», je suis choqué d’y trouver, de surcroît, les expressions suivantes:

Je cite: Le roi dit à sa fille: «Arrête de faire les pieds au mur!» Le dictionnaire des expressions et locutions, Le Robert, est clair: «faire les pieds au mur» signifie «faire l’acte sexuel»…

A la suite d’un baisemain, la fillette, une jeune princesse, dit au directeur de sa nouvelle école: «Vieux dégoûtant!» Cette expression a une connotation pour le moins ambiguë…

Plus loin, nous y lisons qu’une surveillante d’école traite la fillette de «dévergondée». Le dictionnaire de la langue française, Le Petit Robert, donne la définition suivante de dévergondée: «Qui n’a pas de pudeur et ne respecte pas les règles de la morale sexuelle admise.» Le Larousse maxi-débutant explique qu’«une vie dévergondée est une vie de débauche». Comment peut-on traiter une enfant de «dévergondée»? Et comment l’enseignante vaudoise expliquera-t-elle ce mot à des élèves de 7-8 ans?

Ce livre, au contenu malsain, est indigne de nos enfants. Il mérite d’être retiré, comme d’autres albums d’ailleurs, qui font partie des nouvelles méthodes de français 1P-2P. (De plus, ces méthodes sont semi-globales, alors que les méthodes alphabétiques sont beaucoup plus efficaces…).

Ecole vaudoise, nous te confions ce que nous avons de plus précieux, à savoir nos enfants. Ne sème pas la confusion dans leurs esprits entre ce qui est bien et ce qui est mal. Offre-leur des manuels de qualité qui réveille en eux ce qu’il y a de meilleur.

Jean-Marc Berthoud,
Lausanne
 

Quelle réforme scolaire voulons-nous?

A propos de la réflexion de M. Jean-François Huguelet intitulée «L’école vaudoise s’emballe!» (24 heures du 18 décembre 2009):

Encore une réforme ou encore une «xième réformite» alimentée par le débat de cantine dont les Vaudois ont le secret?

Merci à M. Huguelet de rappeler encore une fois: «instruire aurait dû rester le pilier incontournable de l’école vaudoise», puisse-t-il être lu, entendu et compris.

Je me permets de préciser: l’école, qu’elle soit vaudoise ou autre, a une fonction essentielle, celle d’instruire.

Le budget du canton, le 28 février 2009, consacre 32 fr. 15 pour 100 fr. d’impôts au domaine de l’enseignement, 31 fr. en 2007. Après EVM «ratage à grande échelle», il faut redonner confiance aux enseignants à qui les parents confient leurs enfants pour les instruire. Donner aux enseignants des objectifs clairs à atteindre avec des moyens adéquats, des méthodes d’enseignement qui ont fait leurs preuves doit être le souci du DFJ qui doit réaliser que les enfants ne sont pas des cobayes.

Mme Lyon disait en décembre 2008: «Avec Zurich, Vaud et Genève ont le système scolaire qui a la plus forte capacité d’intégration», en 2009 elle met en place l’intégration.

Jusqu’à preuve du contraire, les parents éduquent, l’école instruit et l’intégration dépend du bon vouloir de ceux qui souhaitent s’intégrer à notre société qui leur en donne les moyens.

Si l’Etat ne sait pas instruire nos enfants, alors il faudra mettre en place le «bon scolaire» ou «chèque éducation» qui permettra aux parents de choisir l’école pour leurs enfants.

Danièle Gutowski-Zumofen,
Ecublens (VD)
 

Une fabrique de chômeurs?

Une récente étude sociologique et les statistiques du chômage viennent de prouver, ce qui paraîtrait aller de soi partout ailleurs, que la maîtrise d’une deuxième langue offre chez nous 14% de chances de conserver son emploi ou d’en acquérir un.

Vaud, un des rares cantons à ne pas pratiquer le bilinguisme dès le plus jeune âge des enfants scolarisés, est en train d’offrir de futures places de travail à ses voisins. Il suffirait pourtant d’engager du personnel enseignant formé ailleurs qu’en francophonie pour enseigner d’une façon vivante, spontanée et non livresque la langue d’outre-Rhin indispensable pour toutes sortes de métiers, du secrétariat à la banque, de l’administration fédérale aux entreprises de transport de marchandises.

On pourrait également moins négliger l’accueil de la petite enfance, sans oublier d’offrir le libre choix de l’école publique ou privée sous certaines conditions. Sept mamans sur dix exercent une activité professionnelle hors de leur domicile; l’horaire continu est ainsi devenu incontournable. On pourrait aussi penser aux programmes télévisuels d’appui scolaire tels que Bayern 3 les propose depuis de nombreuses années, ainsi qu’à l’accueil des familles d’expatriés sous quelque forme que ce soit, pour autant que l’on veuille, dans cette période difficile, conserver une attractivité économique internationale.

L’école vaudoise est immuable et imperturbable. Ce qui se passe ailleurs ne l’atteint pas. Les tests de connaissances sont mauvais, et les écoles privées font florès. Il semble que prôner pour l’école l’égalité des chances devrait consister à en offrir au moins quelques-unes. Faudra-t-il lancer une liste de candidats hors parti en 2012, lors de la prochaine élection au Conseil d’Etat?

Jean-Paul Petitmermet,
Syens
 
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